Dimanche 13 juillet, le raid Champsaur.
Alors que le beau temps régnait sur la région depuis une semaine, le vendredi soir voyait arriver quelques orages. Le week-end s’annonçait maussade. Ce fut confirmé le samedi avec de violents orages qui ont déversé des tonnes d’eau sur le Champsaur, parfois accompagnées de beaux grêlons. Le terrain en sous-bois serait certainement boueux, mais n’ayant qu’un train de pneus, le raid se fera en pneus " été ", quoique assez polyvalents. De toute façon, l’objectif n’est pas de faire un temps, mais de prendre du plaisir, et bien sûr finir.
Il faut dire qu’avec Joël, on s’est inscrit sur le raid avant de connaître le parcours, en se basant sur celui de l’année dernière qui, sous le beau temps, était largement à notre portée. Quand on a vu le parcours et surtout le profil, il y a eu un moment d’inquiétude, serait-on capable de faire ce raid ? 60 km et 1800 m de dénivelé annoncés, avec des pentes plutôt raides (10% de moyenne sur 10 km !)
Le dimanche, le rendez-vous est fixé à 8h à la base de loisirs. J’arrive un peu avant et en profite pour aller récupérer mon dossard. L’aire du village OFFROAD est inondée. Le champ est recouvert de 5/6 cm d’eau, ça promet pour le parcours. Je retire ma plaque : 205, ouais, sacré numéro ;-) Je retourne à ma voiture et Joël m’appelle il est arrivé et cherche à me rejoindre. Il se gare à quelques voitures de la mienne, il a l’air anxieux. En plus, il a juste changé ses pneus hier, s’il avait su, il aurait laissé sa paire hiver.
Le temps qu’il aille chercher sa plaque, je me prépare, avec une question existentielle grave : comment m’habiller ? J’opte finalement pour une tenue " classique ", avec les manchettes, et par sécurité je mets mon coupe-vent dans le sac, pour être sûr qu’il ne pleuvra pas.
Une fois que l’on est prêt, on se dirige vers la zone de départ. Les vététistes présents sont plutôt axés compétition. Les maillots sont colorés et il n’y a pas beaucoup de poils sur les jambes. On jure un peu avec Joël. Du coup on se met carrément en fond de grille.
Le départ et donné un peu après 9h, et ça part… plutôt tranquillement. Les chemins du départ sont plutôt plats et franchement humides. Après quelques centaines de mètres, on n’évite même plus les flaques. On se dirige vers les Ricoux pour prendre le chemin classique qui ramène vers St leger. Le peloton est étiré sur le sentier, mais ça roule en bonne convivialité. On sent que les coureurs savent que ce qui les attend sera dur. On emprunte ensuite le chemin le long du canal. L’année dernière, sur le sec c’était un régal. Là, le sol humide et glissant corse l’affaire. Devant moi, quelqu’un ralentit, je tente de le passer à gauche sur un rocher, mais le pneu glisse dessus et m’envoie au tapis, dans le canal L . Je me montrerai plus prudent à l’avenir. Je reste donc sagement derrière. Dans cette partie, les organisateurs, par prudence, nous obligent à mettre pied à terre pour passer certaines parties. Avec mon expérience précédente, je ne me fais pas prier pour obéir.
On arrive vers St Léger et on entame la première montée. Elle va être à l’image de la journée : bien raide, glissante, avec des pierres imposantes qui gênent la progression. Je fais la première partie sur le vtt, le cardio monte d’un coup, mais ça passe, contrairement à beaucoup d’autres que je reprends. Je pose le pied pour la seconde partie, ce n’est pas un sentier, c’est un chemin de muletier, énorme ! Si toute la journée est comme ça, ce sera un carnage ! Je remonte sur le vtt un peu plus loin et attends Joël en haut de la côte. Il arrive, il a déjà les traits marqués il annonce déjà qu’il ne finira pas le raid. Je le rassure en lui disant que ce ne sera pas toujours comme ça, heureusement. Mais il regarde son polar et apprend le dénivelé déjà effectué : 250 m seulement, aie aie aie…
On rejoint ensuite la route pour filer dans la ville de St leger les melèzes et le ravito situé un peu plus loin. En chemin je me fais passer
par un avion de chasse, en danseuse dans une partie bien pentue. C'est Stéphane Tempier qui est en tête du raid 40 km. Le temps que j’arrive au ravito, personne d’autre ne me doublera. Joël
arrive un peu plus tard. Pendant qu’on se restaure grâce aux aliments variés offerts, on voit les compétiteurs du 40 km qui passent comme des flèches. C’est un autre monde. Séverine Hansen passe
à son tour elle est la première femme, et n’amuse pas le terrain.
En tout cas, c’est la suite de l’ascension qui nous attend, on en a pour 7 km et 600 m. On part donc tranquillement, la route puis la piste. Je reconnais un circuit que j’avais fait l’année
dernière (Combeau n° 16) et effectivement ça montait bien. Pour l’instant, je suis bien, Petit plateau troisième pignon, ça monte, je pense que Joël est juste derrière moi. A la faveur d’une
épingle, je me rends compte qu’il est très loin en fait, puisqu’il est hors de ma vue. Je ralentis un peu le rythme en montant d’un pignon. Des groupes du 40 km me passent lentement. Chacun est
humble dans cette montée, ça ne parle pas beaucoup. Après 50 minutes d’efforts, à la faveur d’un changement de pente je décide d’attendre Joël. Je vois passer pas mal de monde, des concurrents du
60 km comme du 40, et après 15 minutes Joël arrive enfin. Il est cuit, le visage des mauvais jours, ca semble un peu au-dessus de ses forces. Dorénavant, je vais rouler avec lui. On part donc à
l’assaut de la fin de l’ascension. Elle se fait complètement en sous-bois, le sol est détrempé et les pneus n’accrochent pas beaucoup. Malgré tout je passe sur le vélo tandis que Joël, comme ses
compagnons d’infortune, pousse son vtt. En fait, il applique le conseil de JP Stéphan, il se repose pour mieux attaquer la descente J .
On fait une pause en haut, Joël est de moins en moins sûr de finir. Pour ma part, ça va. Je previens Joël, la descente qui suit est d’abord un chemin forestier, ensuite on roule dans les alpages avant de plonger sur un super sentier dans les bois. On part, Joël devant et moi derrière. La paysage est magnifique. Joël semble un peu sur la réserve, je le double, Dans les bois, le chemin se fait plus glissant, quelques passages se font pédibus. Malgré tout je me sens bien, je lâche les freins et passe quelques concurrents, j’enchaîne les rares épingles, avec le sol glissant ça tourne tout seul (sauf sur certaines bien trop serrées et pentues que je passe à pied). Je me fais plaisir comme il faut. Au passage d’une cascade je fais une pause pour attendre Joël. Je le pensais pas loin derrière moi car d’habitude il est assez à l’aise en descente. Là je lui ai mis une mine, plus de 5 minutes en 5 km de descente, c’est inimaginable. Ce n’est vraiment pas son jour, je commence à penser qu’effectivement il serait peut-être préférable pour lui de couper la boucle supplémentaire du 60 km. Il me rejoint, on reste un peu à admirer le paysage magnifique. On repart pour la fin de la descente, puis ça remonte d’abord sur le bitume - ça semble être un chemin de croix pour Joël – puis sur une piste et enfin un sentier assez raide. On arrive enfin au deuxième ravitaillement. Il reste 11 km pour le 40 et 19 km pour le 60. On décide que Joël coupera, et que je ferai le raid complet. En attendant on se restaure, y compris avec du salé. Les bénévoles du ravito se proposent d’essuyer les lunettes complètement mouchetées, c’est très gentil. Joël s’assoit, clairement il est crevé. Les 500 m de D+ supplémentaires seraient de trop, déjà, je ne suis pas sûr qu’il ait vraiment apprécié jusqu’ici…
Je repars donc seul, je roule dans les bois, toujours humides, je rejoins un premier concurrent dans la descente, mais quelques mètres après je
perds le contrôle du vtt dans la boue glissante et tombe lamentablement. Pas de bobo, je repars. Je roule bien et pourtant je ne rejoins personne, il doit y avoir un paquet de monde qui a coupé
par le 40. J’arrive à Orcières où commence la dernière grosse ascension de la journée. On est d’abord dans la ville sur le bitume. Au loin je vois enfin un autre concurrent, la pente est énorme,
dur de rester sur le vtt. Devant moi, un bénévole pousse le concurrent, je mets pied à terre pour ne pas être disqualifié s’il me fait la même chose, je suis presque dernier, mais quand
même ! On rejoint un sentier roulable puis qui nécessite le portage du vtt sur le dos. Je le fais, contrairement à l’autre concurrent, et je passe ce dernier comme ça. On rejoint ensuite un
chemin forestier qui nous emmènera jusqu’à Merlette. A la moitié de l’ascension, je m’arrête pour me restaurer et mettre un peu d’huile sur la chaîne qui commence à grincer sérieusement. Je
repars et avant la fin de la montée je double enfin un autre concurrent, ah, ça sent bon ! Dans la descente puis le sentier en balcon, je retrouve du monde, sans pour autant forcer je les
passe en douceur. Il faut dire qu’à ce niveau, les organismes sont sérieusement entamés. J’arrive au dernier ravito. Je pense qu’il n’y a plus qu’à descendre jusqu’à l’arrivée, aussi je ne m’y
attarde pas. Grosse erreur, à peine reparti, un mur se présente sous les roues, bon ben ça se fera à pied, On prend la direction de Champoléon, le long du Drac blanc, ça secoue, mais ça va, je
suis encore lucide, je peux lâcher les freins. Un peu de route vent de face et on attaque une nouvelle côte, ça ne s’arrêtera donc jamais ! J’en profite néanmoins pour reprendre 2
concurrents à la peine. Je passe le panneau " arrivée 10 km ". Bon, c’est quasiment fini ! J’envoie mes dernières forces. Sauf que la suite n’est pas de tout repos, même si c’est
profil descendant. On passe le long du Drac, dans des passages ultra-pierreux, J’espère que ça ne va pas durer sinon, il faudrait que je prenne un gel ou quelque chose pour finir. On rejoint la
route et on replonge aussitôt dans le lit du Drac avec ses pierres dans tous les sens, c’est usant mais je m’impose de conserver un gros braquet. Quelques concurrents que je rattrape ont
d’ailleurs du mal. Cette fin de course est vraiment dure. Panneau " 5 km ", c’est bon j’y suis presque là, et bien non ça secoue toujours autant, merci la suspension arrière, ça aide
franchement dans ces conditions. Je m’arrête ou pas pour manger ? Bon ça va devenir roulant, ce n’est pas possible autrement, je continue. Panneau " 3 km " fin du calvaire ?
non, maintenant on remonte un chemin qui s’est transformé en lit de rivière avec les orages de la veille, je passe des concurrents de l’enduro qui ont un peu de mal avec leurs gros vélos.
Toujours le long du Drac puis panneau " 1km ", ça y est j’y suis, j’appuie encore plus fort sur les pédales et j’arrive sur l’aire d’arrivée où Joël m’encourage. Je finis les presque 63
km en 6h18, bien content car c’était un vrai raid de vtt. Joël a finalement roulé 50 km pour 1400 M de D+, il est arrivé environ 45 minutes avant moi.
On va chercher l’assiette Champsaurine pour se retaper. On tente en vain le lavage des vtt vraiment très sales. On assiste à quelques remises de trophées et on se dirige vers les voitures. 1H30 de route nous attend, il faudra être vigilant pour ne pas s’endormir après un tel effort.
En tout cas, ce fut une épreuve magnifique avec des paysages époustouflants. Un raid que l’on est content d’accrocher à son tableau de chasse. En plus, les conditions difficiles que l’on a eu à cause des orages l’ont rendu encore plus dur. Bref, une belle journée de vtt.
Un seul point à améliorer, la date est trop proche de la rando de vtt de Chorges qui a lieu tous les 14 juillet, du coup on a pas pu la faire…
Pour l’anecdote, Sandrine, la femme de Joël sait pourquoi j’ai fini le raid et pas Joël, ce n’est pas une question d’entraînement, de condition physique ou de volonté. Simplement j’ai trouvé ma nouvelle maison quand eux la cherche encore. Comme quoi, finir un raid ne tient pas à grand chose…
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