Le roc marathon
Le vendredi, le réveil sonne à 6h00. La tête encore un peu endormie, on descend prendre le petit déjeuner. Il est trop tôt et le boulanger n'est pas encore passé livrer le pain. On mangera donc des biscottes pour accompagner le thé. L'ambiance dans la salle est un peu tendue, il faut dire que tous les gens présents à cette heure vont rouler 88 km.
On remonte dans les chambres pour les derniers préparatifs (camelbak, bidon de boisson énergétique à l'eau chaude car pas d'eau froide au robinet). Les tenues vestimentaires avaient été préparées la veille au soir avec l'accrochage des dossards. On enfile les chaussures, les manchettes et on va récupérer les vélos qui avaient eu droit à un bichonnage dans la soirée précédente.
Tout le monde est prêt, on s'élance donc en direction de la base nature de Fréjus. Sur la route, la sensation de fraicheur se confirme, heureusement qu'on a prévu les manchettes et le maillot de corps. En tout cas, ça permet de refroidir la boisson. On tourne tranquillement les jambes jusqu'au départ. On se place sur l'aire de départ, on lance les cardio. Petite frayeur, celui de Joël ne capte pas ou alors, il capte le mien car on a exactement le même rythme. Quand il réussit enfin à accrocher ses pulsations, on voit que Joël est un peu tendu car il est relativement haut dans les tours. Le départ se rapproche. Thibaut et moi enlevons les manchettes, on mange un petit peu, un peu de boisson, et c'est parti. Tout de suite Thibaut part devant, on ne le reverra plus avant l'arrivée. On avance bien sur la plaine, la route, petit ralentissement pour passer sous le pont, le chemin le long du canal, avec un nuage de poussière impressionnant, le camping et la première côte qui se profile mais qui depuis l'année dernière est devenu un véritable boulevard. Je reste sur le moyen plateau. Ça continue avec le petit saut pour les photographes,

un premier single avec un léger ralentissement - mince, on n'est pas parti encore assez vite pour l'éviter ! La végétation est typique de la côte d'azur, mais surtout, comparativement à l'année dernière, c'est encore plus sec et plus poussiéreux. On arrive sur la descente du Fournel que je passe en partie à pied comme la majorité des gens avec moi. J'arrive ensuite au premier ravitaillement, première pause de la journée. Je me restaure, Joël arrive quelques instants après moi. Il trouve que ça part un peu vite, mais il est là. On voit passer Alain parti dans la vague suivante. Il nous a déjà mis 15 minutes ! On repart à l'assaut du col de la Flûte. C'est impressionnant, car du bas, on voit le sommet, et ça semble monter longtemps, je dis d'ailleurs à Joël de ne pas regarder en haut. L'ascension démarre plutôt gentiment. Je commence à passer quelques concurrents peut-être moins aguerris sur les côtes. Vers le milieu, il y a un passage un peu dur, je reste sur le vélo et slalome entre les gens pédibus, un peu usant. La montée se calme pour reprendre de plus belle ensuite. Je ne veux pas me cramer d'avantage, je fais donc comme les autres et pose pieds pour finir le col.
On redescend ensuite vers le chemin où l'énorme bouchon avait eu lieu sur le roc d'azur l'année dernière, alors qu'au marathon on avait tout passé sur le vtt. Hélas, cette année, ça bouche même sur le marathon. A ce moment, je me dis que le dimanche ça va être la galère. Après ce passage, rien à signaler jusqu'au prochain ravito. Là Joël arrive juste au moment où j'allais repartir. Je lui propose de l'attendre, mais il me dit que ça va un peu trop vite pour lui. Je repars donc seul.
Cette partie, c'est la montée du col de valdingarde. Ça commence sur la route, assez plat, puis un chemin forestier sur lequel on peut envoyer du braquet (pas la plaque pour moi quand même, mais le moyen plateau est de rigueur). Sur cette partie, je double pas mal de monde qui pédale sur le petit plateau. Je me fais aussi enrhumé par quelques avions de la vague suivante (mais ils ont déjà pas mal de retard sur Alain :-D). Au col je fais un bonne pause, je prête ma pompe à quelqu'un qui n'en avait pas (étonnant sur une si longue épreuve) et je repars. Sur le bitume, je fais le tour du polar, cela fait déjà presque 3h que je suis parti. Pour tenir l'objectif, il ne va pas falloir se relâcher, d'autant qu'il reste autant de dénivelé à faire a priori. La descente est un pur plaisir, je suis bien, pas trop gêné par des concurrents. Lorsque j'en rattrape, j'attends d'avoir une belle ouverture pour passer, règle que ne respecte pas un gars devant moi qui pour être passer dans les broussailles vient de crever, et hop une place de gagnée ;-)
Fin de la descente et début du cauchemar. Je vois arriver des gens du sentier à gauche. Je tourne à droite et vision terrible d'un bouchon monstrueux dans un single un peu technique. Je viens de rattraper des masters qui sont sur le même parcours que nous. On marche donc à côté du vélo, super ! Quand ça devient un peu plus roulant sur le single, je me jette dès que je peux pour doubler sans toutefois prendre des risques. Dans la montée suivante, J'essaie de passer un maximum de gens, mais comme la trace est prise par les "boulets", ma trajectoire est assez dure. Du coup le cardio s'affole, je passe souvent au dessus des 170 puls/min, alors que je ne voulais dépasser les 165 qu'en cas de besoin "vital". J'essaie de me raisonner, mais en suivant les masters, c'est trop lent, alors je renvoie les watts.
Enfin les parcours se séparent, mais là je me retrouve seul au monde pendant au moins 5 km. La chaleur commence à se faire sentir. Une vague sensation de lassitude m'envahit. Dans une côte assez difficile, j'ai l'impression que mon corps ne se refroidit plus, j'ai la tête qui chauffe à mort, je faiblis, je marche.
Au ravito suivant, je bois beaucoup, m'asperge d'eau et enlève mon maillot de corps. Je repars ensuite pour une descente assez sympa suivie de passages bien agréables. Ça va mieux, mais pas pour très longtemps. En effet, je retrouve les masters, et ça va durer jusqu'à la fin. Je suis fatigué, mais pourtant plus frais (ou en tout cas plus facile) que les gens du roc master qui me précèdent. J'arrive au ravito du car brulé (km 61 pour nous, km 21 pour les masters !) Plein de monde, difficile de se servir, un petit coup au moral quand même sur ce coup-là. Je repars, descente un peu caillouteuse et deux concurrents du master en training qui mettent pieds à terre mais qui ne se poussent pas ! super ! Le bougnon se profile, je passe bien sûr sur le vélo, et laisse quelques concurrents sur le carreau (dont un me demande combien j'ai au compteur "-64 km"; "ah, tu es sur le marathon ?", "oui", et je le laisse derrière (ha ha ha)). J'envoie fort sur le passage suivant car je sais que dans les sentiers à venir, je risque d'être freiné dans mon élan, et comme je suis un peu juste au niveau temps pour l'objectif de moins de 7h, je ne veux pas me faire avoir bêtement. Mon appréhension se confirme. Dès qu'il y a un petit coup de cul, pas mal de gens sont à pieds. Hélas, je n'ai plus le peps non plus pour passer en force en dehors de la trace, donc je marche aussi. Dans les descentes,c'est un peu pareil car si on ne passe pas à pieds, en tout cas on roule tout doucement, mais vraiment doucement, quel dommage !
Arrive le fameux lotissement avec sa côte pas piquée des vers, surtout après plus de 70 km. Sur la route ça passe pour moi, alors que certains sont déjà à pieds. Par contre, à l'entrée du chemin le long du grillage, c'est embouteillage, les gens descendent de vélo et restent où ils sont en se gargarisant de commentaires neuneu, il n'y a pas de place pour passer, sympa !
Je commence donc à pieds, remonte sur le vélo dès que possible, mais finalement pas pour très longtemps car pour moi aussi ça devient très dur.
Au ravito, je me dis que j'y suis presque, encore les trois raidards et en principe après c'est fini ! Le premier passera sur le vtt, mais les suivants seront pédibus. On descend ensuite par la route, petits passages en singles poussiéreux, arrivée dans les marais, petit pont de bois, route, plage, chemin des douaniers, re-plage, piste cyclable où je donne tout ce que j'ai, j'emmène d'ailleurs un peloton de 5/6 coureurs (masters et marathon confondus) qui me passeront tous ensuite, attitude bien fair-play, chouette. Dernier passage en sous bois et enfin la plaine d'arrivée.
Bip sous la ligne : 6h49m44s. L'objectif est atteint, j'ai mis moins de 7 heures pour faire le marathon.
Je me restaure et retrouve Thibaut et Hervinator arrivés avant.Thibaut aura mis 6h13m51s. Il a foncé à la fin pour passer sous les 6h15 et ne pas se faire chambrer. Hervinator lui boucle en 5h58m04s, très fort ! (je ne parle même pas d'Alain qui est déjà reparti et qui a fini en 5h25m12s). On se raconte un peu l'épreuve, le fait d'avoir récupéré les masters nous a tous embêté, car l'année dernière tout avait été plus fluide, et nous avions pu finir "à notre main".
Je regarde un peu les concurrents arriver et soudain Joël se présente devant la ligne : 7h11m58s objectif atteint pour lui aussi.
C'est le bon moment où l'on décompresse au soleil, en se re-hydratant et en mangeant un petit peu. On regarde les statistiques sur le polar. En terme de fréquence cardiaque, je suis allé un peu haut : 151 de moyenne et 173 max. Le dénivelé est plus important que celui annoncé puisqu'on a eu 2200 m d'ascension. Par contre, un peu moins de km puisque seulement 83,7. Malgré tout, je trouve que c'est une épreuve dure, qui entame sérieusement le physique. On est couvert de poussière, mais on est bien à se prélasser sur l'herbe en chaussettes :-)
Mathieu arrive après 8h02 d'efforts, on peut donc prendre le chemin du retour. On croise quelques concurrents qui en finissent sur la piste cyclable.
La douche fait un bien fou, mais on commence à ressentir la fatigue de l'organisme. On lave les vélo, on salue Hervé Auroux qui vient d'arriver et on remonte dans la chambre. On s'allonge sur le lit, je fais un peu de compex pendant que Joël somnole. Il n'entend même pas son téléphone sonner dans sa poche. On va ensuite manger, j'ai la "tête dans le cul", j'ai du mal à trouver mes mots pendant la conservation, euh, la conversation, j'ai un peu froid. Heureusement, le fait de manger me retape un peu. Le soir, on ne veillera pas très tard.
Ce fut une belle journée, dommage simplement que le parcours ait eu des portions communes avec le roc master, ça gâche un peu la fête par rapport à l'année dernière.